Maurice répond aux questions des lecteurs

Notre chroniqueur Maurice Pinard s'est soudain souvenu que nous avions reçu plusieurs questions de nos lecteurs et a décidé d'y répondre.

 

PixelCat5555 : Je voulais savoir, vous avez des moyens pour faire ce "Blog" ? ou vous faites ça bénévolement ?


Vous êtes d'où ? quel est votre but ? Que cherchez vous a faire au lecteur avec ce genre de publication ?

 

Maurice : On fait ça bénévolement parce qu'on s'en tape de faire du pognon pour le moment. Le jour où on voudra en faire on mettra juste du contenu sponsorisé sur le site sans faire chier les lecteurs avec du clickbait et les sous seront donnés à des gens qui en ont vraiment besoin. On a déjà de quoi vivre en dehors d'Artillerie Lourde. 

On est d'un peu partout, la rédac est répartie entre l'Autriche, la France, la Suisse, la Belgique et autres selon la période. Notre but est assez flou. Tout d'abord on aime se marrer, ensuite on aime emmerder des gens en faisant croire qu'on est juste des gros débiles et qu'on pige pas le sarcasme ô combien développé de nos lecteurs les plus abrutis. Ça nous permet de savoir sur qui cracher, parce que notre but premier est de pas arrêter de publier.

 

 

Nicolas, 61 ans : Pensez-vous que si je dis que j'aime lire Artillerie Lourde, j'aurai une chance d'incarner le président de la république dans l'adaptation cinématographique de Merci pour ce moment ?

 

Maurice : Non, et tu seras pas réélu.

 

 

 

Jean-Luc, 65 ans : pourquoi cet acharnement contre les syndicats ?

 

Maurice : parce que les syndicats français sont un trou à merde sans fond et qu'on y trouve la classe politique d'après-demain. C'est facile, efficace et les réactions confirment qu'on a raison de le faire.

 

 

Clément, mort à 18 ans en tentant de frapper son meilleur poteau : vous êtes vraiment très méchants parce que vous êtes pas dans ma faction

 

Maurice : Merci.

 

 

Régine, 51 ans : Qui était Tosia Altman ?

 

Maurice : Tosia (Taube) Altman, fille de Anka (Manya) et Gustav (Gutkind) Altman, est née le 24 août 1919 à Lipno en Pologne. Elle grandit à Wloclawek, où son père, horloger, tient une bijouterie en plus d’une horlogerie. Sioniste (du courant général), il se démarque par son implication et sa popularité au sein des institutions de la communauté juive locales.

A la maison, c’est dans une atmosphère chaleureuse que vit la famille très ouverte d’esprit. Au lycée hébraïque, elle apprend l’Hébreu ainsi que le Polonais, on y remarque très tôt son amour de la lecture et son don pour les langues. Ce lycée et le mouvement des jeunesses Ha-Shomer h-Za’ir seront deux influences majeures dans sa vie. Connue pour être une excellente meneuse, très impliquée dans le mouvement et luttant pour ses valeurs, elle se fait élire à la tête de la branche locale, pour laquelle elle est également déléguée à la quatrième convention mondiale du Ha-Shomer ha-Za’ir en 1935, expérience dont elle gardera un souvenir inoubliable et émouvant toute sa vie. Elle rejoint le hakhsharat kibbutz (une communauté) de Czestochowa en 1938 mais très vite, elle est chargée de l’éducation des jeunes pour la direction centrale du Ha Shomer Ha-Za’ir à Varsovie, ce qui repousse son aliyah.

Au début de la guerre et l’annonce de l’évacuation de Varsovie le 7 septembre 1939, elle répond à un appel et part à l’est avec d’autres mouvements pour la jeunesse. Avec Adam Rand (de la tête du Ha-Shomer ha-Za’ir), elle va à Rovno, faisant une grande partie du trajet à pied avec des réfugiés, sous les bombes.

Là, des membres de la tête du mouvement et de nombreux jeunes se sont rassemblés pour planifier leur prochaine action. L’arrivée de l’armée russe en Pologne contraint les membres de Ha-Shomer ha-Za’ir à choisir entre sionisme et communisme. Afin d’éviter le dilemme, ils fuient vers Vilnius, qui à l’époque n’était pas sous le joug des soviets, espérant pouvoir accomplir leur aliyah en Lituanie avec d’autres membres du mouvement venus de toutes les villes occupées. Ils y installent leur quartier général et entament une série de tentatives infructueuses pour émigrer illégalement vers la Palestine.

La tête du mouvement est très inquiète du sort des membres restés dans les villes occupées par l’Allemagne. En tant que membre de la direction centrale, ayant l’apparence et la personnalité appropriées, Altman est chargée de retourner en zone occupée. Bien qu’elle ait de la famille à Vilnius et n’ait pas pu se reposer de son voyage, elle accepte la mission. Elle est la première à retourner en Pologne, bientôt rejointe par Josef Kaplan, Mordecai Anielwicz et Samuel Braslav. Après deux tentatives de passer les frontières allemande et soviétique soldées par des échecs, elle parvient enfin à arriver à destination et à rejoindre le gouvernement général du mouvement. Elle rassemble les membres restants et organise les tâches des différentes branches.

De nouveaux partisans joignent le mouvement, et elle commence à faire le tour des autres villes malgré l’interdiction pour les juifs de prendre le train. Dans chaque ville où elle passait, elle encourageait les jeunes gens à s’impliquer dans les activités sociales et éducatives-alors illégales pour eux. A Varsovie, un groupe se crée, chargé de gérer au mieux les jeunes, ce qui est en réalité

une question de vie ou de mort. Ils tentent de mettre en place un kibbutzim, des collectifs divers et publient un journal, dans un même temps Altman entretient une correspondance codée-par peur de la censure allemande-avec Vienne (Adam Rand), la Palestine et des émissaires en Suisse (Nathan Schwalb et Heine Borenstein).

La ghettoïsation de la population juive à Varsovie et ses environs (novembre 1940) rend ses déplacements bien plus compliqués : ses cheveux blonds et sa parfaite maîtrise du polonais ne suffisent plus, chaque voyage devient périlleux. Faux papiers repérés, dates dépassées sur des documents ou des cachets, délation de la part de polonais qui repèrent les juifs, sont des dangers constants mais Altman continue de voyager vers des villes de Galicie, dans la région de Zaglebie (sud de la Pologne) en 1941 et plus tard à Czestochowa. Ses visites sont une véritable source de motivation et d’encouragement pour les jeunes.

Après l’invasion de la zone soviétique par les allemands (22 juin 1941), elle perd le contact avec Vilnius et la direction de Ha-Shomer ha Za’ir se considère comme responsable de cette perte. Des rumeurs flottent dans l’air : on massacrerait des juifs en Ukraine, en Serbie et en Lituanie lors de pogroms.

Sans le moindre contact ni la moindre information quant aux papiers dont elle aura besoin, Altman repart à Vilnius après qu’un jeune polonais, Henryk Grabowski, lui a révélé qu’on y massacre systématiquement les juifs. Elle arrive à Vilnius après un voyage difficile, vraisemblablement le 24 décembre 1941 et pénètre dans la zone à présent restreinte qu’est le ghetto avec Haika Grosman, la veille de Noël. Lors d’un rassemblement des membres de Ha-Shomer ha-Za’ir elle est stupéfaite des conditions horribles dans lesquelles vivent ses alliés, et dans lesquelles ils continuent toutefois de faire vivre leurs idéaux. Elle propose aux leaders de retourner à Varsovie pour secourir les membres les plus impliqués pour l’avenir du mouvement, mais leur laisse le soin de décider. Ils refusent, pour une raison compréhensible : ils se sentent responsables des jeunes, de plus ils ne peuvent pas vraiment fuir puisqu’il n’y a nulle part où aller. Du point de vue d’Abba Kovner les massacres ne sont pas ponctuels mais c’est bien tout le peuple juif qui se fait exterminer. On transmet à Altman une décision de la direction du mouvement de Vilnius : aucun juid ne devrait aller à la mort sans se battre (« n’allons pas à l’abattoir comme des moutons », manifeste d’Abba Kovner). Altman, qui transmet le manifeste aux membres de Ha-Shomer ha-Za’ir, assimile et comprend très bien l’esprit de la résistance.

Avant de retourner à Varsovie, elle parvient à passer par Grodno et d’autres villes de l’est de la Pologne avant de rejoindre ses camarades pour leur transmettre le message suivant : le peuple juif subit une extermination complète et doit résister.

A Varsovie, on accepte difficilement que la catastrophe puisse atteindre la ville mais bientôt, on confirme qu’à Chelmno, il existe un camp d’extermination. Quelques temps après (18-26 mars), la déportation de masse de Lublin à Belzec commence. Les organismes de défense de Varsovie (mars 1942) issus de partis de gauche (communistes, Po’alei Zion, Ha-shomer ha-za’ir et dror He-Haluz) mettent en place un bloc anti-fachiste dont le but est de recruter de jeunes partisans pour la lutte, aidés par des communistes polonais approvisionnés en armes soviétiques. Le bloc est un échec, faute de matériel et de membres.

Altman continue de passer par les ghettos de Pologne, déléguant une partie du travail aux jeunesses tandis qu’elle assiste à la destruction de la communauté juive. Dans sa dernière lettre adressée à la Palestine, de Hrubieszow (datée du 7 avril 1942) elle se dit torturée à la simple vue de la destruction de sa culture face à laquelle elle se sent impuissance. « Des juifs meurent devant mes yeux et je suis impuissante. Avez-vous déjà tenté de détruire un mur avec votre tête ? »

Avec les premières vagues de déportations de Varsovie vers Treblinka (juin à septembre 1942), l’organisation juive de résistance (Zydowska organizacja Bojowa ou ZOB) se crée, suivant des négociations entre les partis socialistes et sionistes. Altman, membre de la direction centrale de Ha-Shomer ha-Za’ir, est envoyée en territoire aryen pour établir le contact avec l’Armia Kajowa et l’Armia Ludowa (communiste) afin d’obtenir armes et assistance. Leur contribution fut minime mais Altman, aidée par d’autres femmes, réussit à obtenir des grenades et quelques armes au préril de sa vie.

Le 3 septembre 1942, la tête du Ha-Shomer ha-Za’ir perd deux de ses membres les plus influents dans le ghetto, Josef Kaplan et Samuel Braslav, captures par la Gestapo. La cachette d’armes de contrebande faite par une jeune femme est également découverte. Par-dessus le marché, l’Aktion est menée, utilisant la méthode du kociol (marmite) par laquelle des juifs sont forcés de sortir de chez eux, encerclés dans une petite zone et déportés vers les camps de la mort. Des six cent mille habitants juifs du ghetto, il ne reste que cinquante à soixante mille survivants. Altman est rejointe par Arie (Jurek) Wilner afin d’accélérer l’acquisition de munitions et d’armes, elle continue de passer par les ghettos en tant qu’émissaire pour le ZOB, parvenant parfois à sauver quelques jeunes hommes et femmes de la déportation. Elle séjourne à Cracovie pour organiser la coopération avec deux groupes dissidents : He-Haluz ha-Lohem et l’Iskra, un groupe similaire à Ha-Shomer ha-Za’ir opérant avec l’aide du PPR (Polska Partja Robotnicza, ou parti ouvrier). Ces deux organisations sont celles à qui est dû le grand succès de la lutte juive à Cracovie.

En janvier 1943, une seconde Aktion est menée dans le ghetto de Varsovie. Altman y retourne, les unités et armes du ZOB sont dispersées, des cellules de résistance existent ça et là, tirant depuis les bâtiments.

Anielewicz, commandant du ZOB, ainsi qu’une partie de ses forces, se mêle aux déportés et attaque les troupes allemandes. Blessé, il survit miraculeusement. La plupart de ses camarades sont tués lors de l’opération, beaucoup d’autres dont Tosia Altman, sont capturés. Altman est secourue par un membre de la police juive agissant sur pour Ha-Shomer ha-Za’ir.

Malgré la défaite, la résistance établit un nouveau plan, prévoyant de diviser le ghetto en plusieurs sections, de distribuer des armes et de répartir les forces armées. Le ZOB joue un rôle majeur durant le processus, les juifs restants du ghetto commencent à construire des bunkers ; la révolte de janvier marque un changement dans l’attitude de l’AK, qui fournissait quelques armes aux dissidents juifs. Le reste était obtenu par Altman et Wilner qui les échangeaient à des criminels. En mars 1943, Wilner est capturé par la gestapo et soumis à la torture.

Il ne trahira pas ses camarades.

Il est sauvé par un polonais, Henryk Grabowsku, et ramené, blessé et malade, au ghetto. Altman y retourne également, de peur d’être découverte. Yitzhak Zuckerman est envoyé en mission pour établir la liaison avec les opposants polonais.

Le 18 avril 1943, le ghetto est encerclé par la police allemande. La dernière Aktion commence-accompagnée par une révolte !

Altman fait part des premiers succès par téléphone (depuis une usine allemande du ghetto) à Zuckerman, resté en territoire aryen.

Son rôle dans le ZOB est un rôle de communication, elle relaie et transmet les informations.

Le troisième jour, les allemands mettent le feu aux bâtiments du ghetto. Anielwicz et ses hommes sont contraints d’aller dans un bunker 18 rue Mila, altman assurant la liaison entre lui et le bunker où sont les blessés-et où Wilner se trouve.

Altman prend également part à des missions de sauvetage, aidant ses camarades à sortir des batiments en flammes.

Le combat continue de nuit, mais les flammes rendent difficiles les sorties hors des bunkers jusqu’à ce que l’idée naisse de passer par les égouts, bernant ainsi les troupes allemandes. Un groupe parvient à sortir, un second y parvient presque mais doit attendre une communication. Dans le bunker du 18 rue Mila, trois cents personnes dont Anielewicz et ses hommes sont entassés dans des conditions difficiles. Des éclaireurs sont envoyés pour vérifier les issues.

Le 20ème jour, soit le 8 mai 1943, le bunker est découvert par les allemands qui gazent le bâtiment pour forcer ses occupants à l’évacuer. Des entrées secrètes sont découvertes et toujours plus de gaz envoyé. Wilner dit préférer une mort libre, et certains de ses camarades approuvent, et s’exécutent lorsqu’ils ne peuvent plus supporter le gaz. Anielewicz est l’un d’eux.

Certains combattants solitaires, six pour être exact, réussissent à atteindre une voie cachée. Ils sont trouvés le soir même par Zivia Lubetkin et Marek Edelman, blessés et souffrant des effets du gaz. Parmi les survivants se trouve Altman, malade, blessée et épuisée. Elle quitte le bunker de Lubetkin par les égouts avec un groupe de combattants.

Coté aryen, elle est hébergée dans un grenier d’une usine avec certains de ses camarades, ils y montent par une échelle qu’ils cachent ensuite.

Le 24 mai 1943, suite à un accident, un incendie se declare dans leur cachette et s’intensifie rapidement. Certains tentent de fuir. Altman, gravement brûlée, tente de sauter mais s’effondre, le corps en flammes. La police la livre aux allemands, qui la transfèrent dans un hopital. Elle meurt vers le 26 mai 1943, sans avoir reçu le moindre soin, le corps meurtri et probablement torturée.

Tosia Altman, la première de Ha-Shomer ha-Za’ir à avoir répondu à l’appel, est la dernière à tomber.

Le drame avait été précédé de plusieurs tentatives de sauvetage, en Palestine on estime qu’il s’agit d’une priorité. Un émissaire Yishuw posté en Turquie demande au mouvement de faire tout son possible pour faire sortir Tosia Altman de Pologne.

Altman, luttant entre la vie et la mort dans le ghetto n’en savait rien, mais ne l’aurait pas voulu.

Altman, responsable de la communication pour Ha-Shomer ha-Za’ir, devient une légende parmi les membres de son mouvement en Palestine. Un symbole hélas oublié depuis.

 

 

Julien, 15 ans : mdr vou saver pa écrir pq vou publiez dla merde

 

Maurice : Hein

 

 

 

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